En coulisse

Ce que signifient (ou pas) vos rêves érotiques

Natalie Hemengül
24/4/2023
Traduction: Elvina Tran

Nos rêves peuvent nous donner du fil à retordre pendant la journée et parfois même nous faire douter de nous-mêmes. Les rêves érotiques ne dérogent pas à cette règle. La sexologue Dania Schiftan explique quelle importance leur accorder et dans quelle mesure ils sont même bénéfiques.

Mais pourquoi donc est-ce que j’ai rêvé de ça ? Je suis encore bouche bée d’étonnement le matin après mes escapades nocturnes. Je suis fascinée par cette histoire folle concoctée par mon cerveau pendant mon sommeil. C’est particulièrement vrai pour les rêves dont les détails sont les plus piquants. Il est rare que je puisse comprendre pourquoi. Je demande à l’experte Dania Schiftan ce que signifient nos rêves érotiques et comment les appréhender au mieux.

Dania, en quoi les rêves érotiques nocturnes sont-ils différents de nos rêves éveillés ?
Dania Schiftan, sexologue et psychothérapeute : Les rêves éveillés sont des scénarios conscients, des fantasmes donc. Ils sont généralement étroitement liés à des situations réelles. Parmi les fantasmes les plus fréquents, on trouve par exemple le plan à trois ou bien coucher avec un collègue de travail ou quelqu’un de la salle de fitness. Lors des rêves éveillés, nous laissons émerger des aspects de nous-mêmes que nous ne laissons pas s’exprimer autrement, ou seulement de manière limitée. Par exemple, si vous êtes timide, vous pouvez vous montrer dominant·e lors de vos rêves éveillés. Ce sont des rôles que nous nous donnons. Comme lorsque nous rêvons la nuit, les rêveries éveillées ne signifient pas que nous voulions réaliser nos fantasmes dans la vie réelle.

Est-ce que je dois prendre mes rêves érotiques au sérieux ?
Ne leur accordez pas trop d’importance. Ils ne sont pas assimilables à des désirs refoulés. Il arrive parfois que nous soyons séduit·es par nos rêves, même dans la réalité, mais ce n’est pas toujours le cas. Ainsi, lorsque vous rêvez de quelque chose, cela ne signifie pas que vous vouliez mettre en pratique ce dont vous avez rêvé.

Ou que je me sente réellement attiré·e physiquement par la personne dont j’ai rêvé…
Exactement. Nous, les êtres humains, jugeons nos rêves avec notre raison, c’est-à-dire selon nos principes moraux et éthiques. On en vient vite à se demander : qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Après tout, nous rêvons aussi de choses qui nous répugnent quand nous sommes éveillé·es ou sur lesquelles nous ne fantasmerions jamais consciemment.

Ça ressemble à un conflit intérieur.
Mais ce n’est pas forcément le cas. De telles pensées introspectives ne surviennent que si l’on donne une signification ou une certaine valeur au rêve érotique. Si l’on prend du recul, on peut s’en réjouir, sourire et se dire : c’est passionnant ce dont mon cerveau est capable.

Puis-je profiter de la créativité nocturne de mon cerveau lorsque je suis éveillé·e ?
Si vous vous accordez une certaine liberté dans ce domaine, vous pouvez profiter de cette perte de contrôle mental en vous détachant des images rêvées. En effet, vous percevez dans vos rêves des choses que vous ne ressentiriez jamais ainsi dans la réalité. Dans la vie quotidienne, nous essayons toujours de contrôler nos pensées et nos émotions. Cela peut sembler étouffant. Les rêves créent un nouvel espace de liberté dans lequel vous pouvez vous défouler. Vous pouvez simplement être vous-même. C’est agréable et ça change du quotidien.

Qu’est-ce que cela dit de notre sexualité ?
L’apesanteur ou l’abandon que vous connaissez dans vos rêves peuvent enrichir votre vie sexuelle. Vous vous découvrirez peut-être un côté sauvage ou doux que vous n’aviez jusqu’à présent rencontré que dans vos rêves et que vous aimeriez explorer à l’état de veille. Dans ce contexte, les rêves peuvent être comparés à une sorte de vision dont on peut tirer des aspects qui nous plaisent pour les intégrer dans la réalité.

En supposant que je me souvienne de ce dont j’ai rêvé...
Rares sont en effet celles et ceux qui peuvent le faire, surtout lorsqu’il s’agit d’histoires complexes. Le souvenir de nos rêves s’évapore très vite au réveil. Ce sont plutôt des odeurs, des sentiments, des impressions, des instantanés isolés, un picotement ou des sous-vêtements humides et collants qui nous restent.

À quel âge notre sexualité se manifeste-t-elle pour la première fois dans nos rêves ?
On ne le sait pas exactement. Nous éprouvons déjà des sensations génitales agréables lorsque nous sommes très jeunes, mais il est difficile de dire à partir de quand elles se manifestent également dans les rêves. Chez les garçons, à la puberté par exemple, le corps prend le contrôle, d’où les éjaculations nocturnes.

Et ces émissions nocturnes, comme on les appelle, sont causées par des rêves érotiques ?
En fait, c’est souvent l’inverse. Ce ne sont pas les rêves qui déclenchent une réaction physique comme l’excitation. C’est notre corps qui fait le premier pas et la tête suit en créant les fantasmes, les pensées et les images qui vont avec. C’est donc le corps qui donne le rythme.

Pourquoi donc ?
L’érection nocturne est un mécanisme de contrôle habituel du corps qui maintient les tissus en bonne santé. Les hommes adultes ont jusqu’à six érections par nuit. Ce genre de choses peut être mesuré à l’aide d’appareils spéciaux. Lorsqu’une personne affirme qu’elle n’a plus d’érection, on essaie de déterminer, à l’aide de telles mesures, si le problème est de nature physique ou s’il est dû à des causes psychiques. En effet, pendant le sommeil, la personne est plus détendue. Si une érection est détectée, il faut trouver ensemble pourquoi il n’y parvient pas en état de veille.

Et pour les femmes ?
Dans mon cabinet, les femmes me disent souvent qu’elles ne peuvent pas avoir d’orgasmes, mais qu’elles en ont parfois dans leurs rêves érotiques. Je trouve cela très intéressant, car cela montre que notre corps et notre cerveau développent leur propre vie pendant la phase de sommeil paradoxal – pendant laquelle d’autres régions du cerveau augmentent leur activité – et permettent soudain des choses que certaines personnes ont du mal à faire au quotidien.

Dania Shiftan travaille depuis 15 ans comme sexologue et psychothérapeute dans son cabinet à Zurich. Elle travaille également en tant que psychologue pour Parship. Vous trouverez plus d’informations sur elle et son travail dans l’interview que j’ai menée avec elle :

Les autres articles de la série se trouvent ici :

  • Guide

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    par Natalie Hemengül

Photo d’en-tête : Maddi Bazzocco via Unsplash

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