
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Tokina SZ Pro : trois objectifs à miroir à l’essai
Les objectifs à miroir ou objectifs catadioptriques projettent l’image sur le capteur à l’aide d’un système de miroirs. Pourquoi en ai-je besoin ? Pour faire court : pour presque rien. Mais cela me permet d’obtenir des effets amusants.
Tokina vient de lancer trois nouveaux objectifs à miroir pour les appareils photo APS-C. Il s’agit de super-téléobjectifs avec des distances focales de 300, 600 et 900 millimètres. Ils conviennent aux systèmes Fujifilm X, Sony E et Canon EF-M. Ce dernier point me semble un peu étrange, étant donné que l’EF-M ne sera probablement plus développé et que Canon l’a remplacé par le RF-S pour le format APS-C. Les appareils Canon ne sont actuellement pas disponibles dans notre boutique actuellement. Pour ce test, j’ai essayé les variantes de Sony.
Avant ce test, je ne savais même pas ce qu’était un objectif à miroir. Je ne dois pas être la seule personne dans ce cas, alors commençons par une petite explication.
Les objectifs à miroir, quésaco ?
Comme leur nom l’indique, ces objectifs ne contiennent pas que des lentilles en verre. Il sont aussi dotés de deux miroirs : un à l’arrière et un à l’avant. Sur le schéma ci-dessous, on voit à gauche l’avant de l’objectif, où la lumière arrive en haut et en bas par les éléments en verre bleu. Elle arrive à droite (donc à l’arrière de l’objectif) sur les miroirs, où elle est dirigée vers l’avant, vers le centre, et de là, à nouveau vers l’arrière, vers le capteur. La lumière parcourt ainsi un chemin beaucoup plus long que l’objectif.

Source : Tokina
De ce fait, l’objectif est beaucoup plus court que la distance focale photographique. Et même les téléobjectifs puissants restent compacts. Ici, vous voyez, à gauche, un objectif 70-300 mm réglé sur 300 millimètres. Et à droite, un objectif à miroir avec la même distance focale. Par souci d’équité, je dois tout de même mentionner que l’objectif « normal » est conçu pour le plein format. En tant qu’objectif APS-C pur, il serait un peu moins encombrant. Mais toujours bien plus grand que l’objectif à miroir.

Source : David Lee
Les objectifs à miroir avec une distance focale de 600 et 900 millimètres sont certes nettement plus grands, mais toujours beaucoup plus compacts que les super téléobjectifs correspondants sans miroir. Voici, à titre de comparaison, le Canon RF 800 mm F11 en position déployée. L’objectif Canon est également conçu pour le plein format, mais à ma connaissance, il n’existe aucun objectif APS-C avec une focale aussi longue.

Source : David Lee
Par rapport à leur distance focale, les objectifs sont également légers. Le poids et la taille réduits sont sans doute la raison pour laquelle la technique du miroir n’est utilisée que pour les téléobjectifs, car c’est là que ces avantages ont le plus d’impact.
Un objectif de voyage ? Absolument pas
Ma première pensée a été : leur taille compacte en fait des objectifs idéaux à emporter en déplacement ou en vacances. Un joli téléobjectif de 300 mm serait-il donc l’objectif de voyage idéal ?
La réponse est la même que celle donnée par l’homme de cette vidéo quand on lui demande s’il connaît Galaxus : absolument pas.
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Car si les dimensions d’un objectif à miroir sont pratiques, il a d’autres caractéristiques qui ne le sont pas.
Inconvénient n°1 : pas d’autofocus
Comme presque tous les objectifs à miroir, les trois de Tokina n’ont pas d’autofocus. Il faut faire la mise au point manuellement. Or, la bague de mise au point est dure à tourner, et il est difficile de la déplacer rapidement. De la distance la plus courte à la plus longue, il vous faut presque un tour complet. Tokina parle de 270 degrés, en réalité il s’agit de presque 360 degrés. Cela permet certes un réglage très précis, mais rend une mise au point rapide quasi impossible.
La photographie d’animaux sauvages, sans doute le motif le plus fréquent pour les téléobjectifs puissants, est ainsi hors course. Un objectif à miroir en safari ne vous servira pas à grand-chose. Mais la mise au point manuelle n’est pas non plus idéale pour la randonnée et la promenade, car il est tout bonnement impossible de prendre une photo en vitesse et de rattraper les autres. Les portraits risquent également d’être difficiles ; sans compter que vous ne pouvez faire un portrait avec un super téléobjectif qu’à une grande distance.
Inconvénient n°2 : pas de stabilisateur d’image
Les objectifs à miroir ne disposent pas de stabilisateur d’image. Plus un téléobjectif est puissant, plus les effets du moindre mouvement de la main sont violents. À 300 millimètres, vous devez déjà exposer très brièvement pour éviter les flous de bougé. Sans appui, il est difficile de maintenir le sujet dans l’image. Les trois Tokina SZ Pro ne font pas exception à la règle. Tout est tremblotant.
Un appareil photo avec stabilisateur d’image intégré réduit le problème. J’ai testé les objectifs sur les Sony Alpha 6400 et 6500. L’Alpha 6500 dispose d’un stabilisateur d’image, ce qui n’est pas le cas du 6400. Je remarque la différence quand je prends des photos. Toutefois, un stabilisateur dans l’objectif serait nettement plus utile, car plus la distance focale est grande, plus la stabilisation dans l’objectif est importante par rapport à la stabilisation dans l’appareil photo.
Avec les appareils Sony, je dois indiquer la distance focale dans le menu de l’appareil photo pour que la stabilisation fonctionne correctement. L’appareil photo ne reconnaît pas lui-même la distance focale de ces objectifs. De plus, impossible de régler à 900 mm, je dois me rabattre sur 800 ou 1000 mm.
Avec 900 millimètres, je ne parviens de toute façon pas à photographier à main levée. Je n’arrive déjà pas à garder le sujet dans l’image. À 600 millimètres, c’est possible avec un appui et une stabilisation de l’appareil, si l’exposition ne dure pas plus de 1/125 de seconde. Mais ici aussi, un trépied est en fait obligatoire.
Inconvénient n°3 : diaphragme fixe
Les objectifs à miroir ont une ouverture invariable. L’ouverture de l’objectif à miroir de 300 millimètres de Tokina est de f/7,1. Ce n’est pas beaucoup, mais je suis content que ce ne soit pas plus, car sans diaphragme réglable, impossible d’ajuster la profondeur de champ. Et celle-ci est déjà très faible à 300 millimètres et f/7,1.
La profondeur de champ est encore plus faible à 600 millimètres : avec f/8, cet objectif a une ouverture à peine plus petite pour une distance focale deux fois plus grande. Pour de nombreux sujets, il s’avère donc impossible de photographier l’ensemble avec netteté.

Source : David Lee
Grandes distances, grands problèmes
Avec l’objectif de 900 millimètres, vous pouvez reproduire en grand des objets très éloignés. Toutefois, la qualité est rarement bonne. À une distance de plusieurs centaines de mètres, voire plus, les couleurs s’estompent. Cela n’a rien à voir avec l’objectif, mais avec l’air dans lequel la brume se fait sentir. De plus, l’air scintille en raison des différences de température. Voici une vue des Alpes glaronnaises à une distance estimée de 60 kilomètres. Malgré une bonne visibilité au loin, je n’ai pas réussi à prendre une photo vraiment nette en 15 tentatives avec un trépied et un retardateur.

Source : David Lee

Source : David Lee
Les photos du ciel par une nuit étoilée rendent déjà bien mieux. Avec l’objectif de 900 millimètres, la lune remplit une bonne partie de l’image et est également nette. La photo laisse apparaître de nombreux détails de la surface du corps céleste.

Source : David Lee
Le bokeh
Les objectifs à miroir ont encore une particularité que je n’ai pas mentionnée : l’effet bokeh. Les points lumineux qui ne sont pas dans la zone de netteté apparaissent sous forme d’anneaux. Avec un objectif classique, ils apparaissent en tant que surfaces circulaires ou, à la rigueur, sous forme de polygones lorsque les lamelles du diaphragme ne sont pas arrondies.
Exemple : des gouttes de rosée en contre-jour provoquent des points lumineux clairs. Avec un objectif en verre classique, ça donne ça :

Source : David Lee
Avec un objectif à miroir :

Source : David Lee
Cet effet est lié à l’ouverture de l’objectif, qui est elle aussi en forme d’anneau. Le deuxième miroir est fixé à l’arrière du cercle noir que l’on voit au centre et dirige la lumière du premier miroir vers le capteur.

Source : David Lee
Ces anneaux peuvent être gênants lorsqu’ils ne sont pas voulus, mais ils permettent aussi de mettre en œuvre des idées créatives.

Source : Photo : David Lee
Les anneaux sont notamment très esthétiques lorsque l’on change lentement la mise au point dans une vidéo. Cependant, même avec un trépied, les photos prises avec un super téléobjectif sont un peu floues lorsque vous tournez la bague. Et ce dès 300 mm, sachant que le problème s’aggrave à 600 et 900 mm.
La qualité d’image
En raison de leurs nombreuses particularités, la qualité d’image reste secondaire dans ce test des objectifs à miroir de Tokina. Mais supposons que, malgré la faible profondeur de champ, le scintillement de l’air et la sensibilité au bougé, vous parveniez à prendre une photo nette... Que peut-on alors dire de la qualité de l’image ?
L’un des avantages des objectifs à miroir est qu’ils ne présentent pratiquement pas d’aberration chromatique. Avec les objectifs en verre, comme le Nikon 70-300 mm, on obtient des franges de couleurs au niveau des contours. Sur l’image ci-dessous, on distingue très bien ce phénomène au niveau du bras tout à gauche de l’image. Cet avantage n’est cependant pas décisif, car il est assez facile de corriger ces aberrations dans un logiciel de traitement d’image.

Source : David Lee

Source : David Lee
La netteté, testée avec un objectif de 300 mm, est en grande partie bonne, sauf dans les coins. Alors qu’un objectif classique permet d’augmenter la netteté d’un objectif ordinaire en atténuant la luminosité, ce n’est pas possible sur un objectif à miroir.
Dans la comparaison directe avec le Nikkon 70-300 mm mentionné ci-dessus, je ne vous présente que des zones à l’intérieur de l’image. Sur les bords, la comparaison serait injuste, car le Nikkon est un objectif plein format. Avec ces derniers, le bord réel du cercle d’image n’est effectivement pas saisi par le capteur.
Verdict : des objectifs de niche
Les objectifs à miroir sont compacts et ça joue à leur avantage, mais ce dernier est contrebalancé par de nombreux inconvénients. Sans autofocus ni diaphragme réglable, ils sont très peu flexibles et ne conviennent donc pas en voyage. La photographie sportive et d’action ne fait clairement pas partie des domaines d’application des objectifs à miroir et je ne les recommande pas non plus pour les portraits.
Je trouve le jeu avec le bokeh très intéressant, car c’est quelque chose d’unique. Cependant, je n’achèterais pas un objectif simplement pour cela, car l’effet perd vite de son intérêt lorsqu’il apparaît sur toutes les photos.
Des trois objectifs testés, le 300 mm est mon préféré. Il est très petit et permettrait presque de prendre des photos à main levée. L’objectif de 900 millimètres est certes suffisamment puissant pour photographier la lune ; mais à part cela, il est difficile de prendre une image nette à grande distance. Quant au modèle 600 mm, sa manipulation est, elle aussi, loin d’être aisée.
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Mon intéret pour l'informatique et l'écriture m'a mené relativement tôt (2000) au journalisme technique. Comment utiliser la technologie sans se faire soi-même utiliser m'intéresse. Dans mon temps libre, j'aime faire de la musique où je compense mon talent moyen avec une passion immense.